LA BREGA

Humeurs taurines et éclectiques

mercredi 25 novembre 2009

Une pierre de l'édifice...

Bernard Grandchamp, érudit, hédoniste, gastronoble et oenophile de qualité, a découvert, comme une pierre qu'on ramasse au détour du chemin, mais une pierre semble t-il philosophale, ce beau texte de Pascal QUIGNARD - ''Dernier royaume'', égarée de son VIe et dernier tome - ''La barque silencieuse'', en son chapitre L (50, en chiffre romain!) – pages 146 et 147 de l'édition originale (Seuil 2009):
«La force, telle fut la première signification de la vertu. […] La virtus c'est la mise en acte de la puissance sexuelle propre au mâle quand il se trouve face à face avec la femelle. Puis c'est le courage frontal du héros devant la menace de la bête à cornes signifiant la possibilité de la mort donnée. C'est ce que dessine la lettre alpha dans notre tradition. Face à face (coït), front à front (corrida), corps à corps, lutte romaine, combat singulier des Francs, tournoi moyen-âgeux, duel sous Louis XIII. Vis est une activité qui mêle la force et le mépris de la mort (fortitudo) de façon active, violente. Virtus d'un fascinus, vertu d'une plante, valeur d'une monnaie, sens d'un mot: tout est vis.
-
C'était plus fort que moi.
Telle est la phrase des héros. Voilà comment le sujet (celui qui dit
je) définit le symptôme (le je plus je que soi). C'était plus fort que lui. Telle est la puissance prédatrice du meurtrier. Telle est la violence démoniaque du violeur. Telle est la force démiurgique du créateur. Telle est au sens strict la vis de la vertu.
L'affrontement dans le taureau mais aussi la sève dans la fleur sont plus fort qu'eux. Ils sont virulents.
Virus désignait le suc des plantes, le sperme des mammifères, le venin que crachent les serpents.»
Bernard commente:
Il me semble bien que QUIGNARD nous parle là, avec ses manières inimitables d'érudit à l'antique, de notre ''bravoure'' tauromachique... Certes, à cette aune – et quant à cracher du venin, nos post-modernes ''toros à roulettes'' en seraient plutôt à cracher... leurs poumons! Et même si nous ressentions que, pour le toro brave, ''c'est plus fort que lui'', nous saurons mieux désormais ce qu'est un toro vertueux...
Merci Bernard de cette précieuse pierre laissée dans certains jardins.
Xavier KLEIN

lundi 16 novembre 2009

SAINT-SEVER, LE RETOUR

"La novillada du 11 novembre organisée par la Peña Jeune Aficion de St Sever a été reportée compte tenu de la météo et de l’état de la piste.Le paséo aura donc lieu le samedi 28 novembre à 15h30 aux arènes de Morlanne.Toros et cartel inchangés.5 novillos de Mariano Cifuentes pour Alberto LOPEZ SIMON, Adolfo RAMOS, David GALVAN et SOFIAN.Nous vous serions très reconnaissant de faire passer ce message à vos socios, amis et relations.La Peña vous en remercie d’avance."
Le président Jean Gilbert"

jeudi 12 novembre 2009

ECOLE, VOUS AVEZ DIT ECOLE?

«Si on pouvait recouvrer l'intransigeance de la jeunesse, ce dont on s'indignerait le plus c'est de ce qu'on est devenu.»
André Gide

Dans son éditorial du 27 octobre 2009 (BLOG CONTRE BLOC, http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-10-09/27-10-091.php), André VIARD dénonce ces féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes, ces vilains, ces affreux, ces pelés, ces galeux, ces empêcheurs de toréer moderne en rond, ces grands méchants blogs qui se permettent de venir troubler la doulce jouissance des tendidos heureux des grandes ferias commerciales (un beau pléonasme… puisque feria signifie foire).
Il faut être un bien grand maître pour s’autoriser ainsi à distribuer les bonnes notes et dire où est la bonne aficion et où est la mauvaise.
La maîtrise s’acquiert de deux manières: par la réussite et/ou par l’étude sanctionnée par un diplôme. Ce cher André ayant sans doute satisfait aux deux -un succès éclatant dans les ruedos et un doctorat es tauromachie décerné par l’Académie Don José Maria COSSIO- il peut en parler en parfaite connaissance de cause.
Dans tous les cas de figure, seule la reconnaissance des pairs sanctionne la maîtrise, et il reste à prouver qu’en dehors de sa chapelle, et des quelques gogos espagnols qui, ne le connaissant pas, célèbrent les grandes qualités qu’il se prétend, dear André provoque le consensus en la matière.
L’une des premières marques de la maîtrise trouve sa source dans des qualités particulièrement absentes de notre société: le discernement, la pondération et surtout la hauteur et la largeur de vue.
J’ai connu le privilège de croiser deux ou trois fois dans ma vie des maîtres, des vrais. L’un d’entre eux s’appelait Louis LEPRINCE-RINGUET, un autre se nommait Haroun TAZIEFF, un troisième Arnaud DESJARDINS. La caractéristique commune de ces maîtres là, quelque idée que l’on ait de leur compétence, c’est que leur commerce vous laissait le sentiment d’être intelligent, mieux, sans doute, ils vous RENDAIENT intelligent par la sollicitation de votre intelligence.
Ils auraient pu, comme d’autres, vous écraser de leur savoir, de leur génie, de leur sagesse ou de leur célébrité, vous balancer un «casse toi, pauvre con!». Que non pas! Tout au contraire, ils accueillaient le jeune esprit enthousiaste, passionné, parfois excessif avec patience, humour et compréhension. Car les maîtres, les vrais, savent qu’il faut savoir prendre la mesure des choses et considérer un être humain dans ses capacités, dans ses possibilités, dans son évolution.
«La plus inquiétante jeunesse est celle qui n'a pas d'opinions extrêmes.» notait Hugo, un homme qui resta très vert, très longtemps, ce qui n'a pas peu contribué à sa popularité.
Ils savent aussi ces maîtres, par dessus tout, qu’il n’est d’autre recours qu’en l’humilité, et que plus l’on pousse dans la connaissance, plus l’on entrevoit l’immensité de ce que l’on ne sait pas.
A cette aune, selon ces critères, on ne perçoit pas très bien quel maître s’imposerait dans le paysage taurin français actuel et sûrement moins André VIARD que les autres. Une superbe lettre ouverte de la revue TOROS ("Mon tout petit...") était naguère venue le lui remémorer.
Et c’est tout le problème de la situation présente. On manque cruellement de Tio Pepe, de Pelletier, et autre Paco Tolosa.
La condamnation «urbi et orbi» fulminée par le pape de l’Observatoire sent donc son vieux con racorni et rassoté ou son beauf conformiste et étriqué.
Il a «maître» et «maître» et André Viard aborde un problème qu’il maîtrise sans doute aussi parfaitement que le reste: l’ECOLE.
Ayant exercé depuis 35 ans au sein de l’honorable institution qu’est l’Education Nationale la plupart de ses métiers («pion», enseignant, CPE, «formateur de formateurs», formateur pour adultes, tuteur, et maintenant chef d’établissement), y ayant accédé à chaque fois par la voie du concours (et non celle de la cooptation), je ne puis prétendre à la même «maîtrise» du sujet.
Nous vivons des temps où chacun, ayant connu une petite expérience de la chose dans sa jeunesse, se croit obligé d’émettre sur la question un point de vue autorisé et sans réplique. Toutefois, en dépit de mes nombreuses insuffisances, j’ai néanmoins réussi à tirer quelques modestes conclusions de ma pratique.
Il faut trois exigences pour faire un enseignant, bon ou mauvais:
1°) Des connaissances à transmettre. Connaissances généralement consacrées par un diplôme universitaire (pour l’enseignement général).
2°) Des techniques pour transmettre ce savoir (la pédagogie et plus généralement la didactique).
3°) Un «charisme» particulier fait d’intelligence, de sensibilité, d’empathie, d’écoute. En fait une aptitude spécifique à la communication.
A ces qualités s’en rajoute une dernière, utile mais nullement nécessaire: il faut aimer ça!
Ces qualités, précisons le bien vite, ne constituent pas l’apanage des enseignants patentés. Et, par le passé, on a connu de ces mentors, péons en retraite ou vieilles figuras retirées des affaires, qui les réunissaient à la perfection sans avoir de titre, ni s’en faire une gloire.
Précisons également que l’excellence ou l’expertise n’est aucunement la garantie de la qualité d’un enseignant. On connaît d’illustres chercheurs, athlètes, acteurs, artistes, etc., autorités incontestées, qui sont de piètres pédagogues.
L'époque héroïque où l'on se formait au contact d'un maître (comme un apprenti dans le compagnonnage) paraît révolue, comme est révolu le temps des grouillots. Aujourd’hui, semblerait-il, il faut nécessairement passer par l’école.
Le problème, et les professionnels de l’enseignement le savent, c’est que l’école est NORMATRICE. C’est à dire qu’elle transmet le corpus de connaissances et de valeurs que la société lui délègue la responsabilité de transmettre.
«être bon à l’Ecole», c’est «être bon pour l’Ecole», autrement dit satisfaire aux exigences et aux injonctions du système. Ce n’est sûrement pas pour rien que l’Ecole fut le bras armé de la République et que cette dernière, pour s'imposer et faire triompher ses idées à la fin du XIXème siècle, l'a investi, depuis Jules Ferry jusqu'à nos jours, d'une fonction et d'un enjeu essentiel.
Si cette fonction normatrice peut valoir pour la transmission des connaissances et des valeurs de bases qui forment le socle d’une société démocratique, elle est infiniment moins effective et pertinente en matière artistique où, l’originalité et la créativité doivent primer, ce qui est le cas de la tauromachie.
Les écoles taurines PRODUISENT donc des élèves conformes, reflets des normes et valeurs de leurs maîtres et de «l’idéologie» ambiante.
VIARD cite le cas d’une immense pédagogue, unanimement reconnue pour ses compétences et ses savoirs. Une pédagogue qui d’après ses propres déclarations, dans une tragi-comédie courtelinesque, se préoccupe surtout du service après vente, c’est à dire, des conditions d’engagement de ses pupilles, autrement dit de «l’exploitation de sa production».
Pourquoi pas après tout. Sauf que la tradition française de l’Education (avec un grand E, on parlait autrefois d’Instruction Publique), se situe, au contraire d’autres systèmes éducatifs, dans une éthique de l’universalité de la connaissance transmise pour elle-même, sans arrière pensées économiques et utilitaristes.
L’Ecole française (et notamment le collège unique) ne produit pas de l’insertion professionnelle (c’est le rôle de l’enseignement professionnel), elle produit du savoir. Elle prétend former «l'Homme et le Citoyen». Et c’est son honneur, quoiqu’on en dise!
Il ne me semble guère ni utile, ni pertinent de favoriser le développement d’écoles qui ne seraient que les relais et les réservoirs de la profession, parce que nous sommes en tauromachie dans le domaine de l’art, de l’inventivité, de la variété, et non dans celui de la norme.
Qu’un postulant apprenne, avec quelques «disciples», comme Leonardo DA VINCI, PLATON ou Moriheï UESHIBA en eurent, tant mieux. La transmission de l'art et de la technique doit passer par un rapport de Maître à Disciple. C’est une logique d’atelier.
Mais de grâce qu’on nous évite les écoles taurines telles qu’elles fonctionnent en Espagne. Et qu’on nous évite aussi de singer un système éducatif français, dont on devrait savoir qu’il transmet AUSSI et SURTOUT de la contrainte (en termes de savoirs et de socialisation), qui s’oppose au discours sur le plaisir et l’accomplissement utopique du désir qu’on entend se développer sur les hypothétiques gloires taurines franchouillardes.
J’en connais les vertus aussi bien que les vices.
Ceci dit, comment faire pour que les jeunes gens qui désirent s'engager dans la carrière, puissent en acquérir les fondements?
Comment faire en évitant de passer par «la profession», qui dans ce champ d'activité, plus que dans tout autres, voit en l’humain un simple investissement, rentable à plus ou moins long terme?
Comment faire pour pallier au défaut majeur des écoles taurines espagnoles, c’est à dire la production en série de parfaits techniciens stéréotypés du toreo moderne.
Comment faire enfin, pour armer des jeunes gens pour la vie, sans détruire leurs rêves, mais en prenant en compte une réalité qui leur laisse peu de chances de les voir réalisés?
Comment les préparer à un échec prévisible pour la grande majorité d’entre eux, pour que justement, ce qu’ils auront appris soit au contraire une richesse et un atout, et non le désert stérile des illusions perdues?
Dans l’Education Nationale, nous sommes constamment confrontés à cette problématique que nous essayons de gérer au mieux, ou au moins mal. C’EST UN METIER, et C’EST UN SAVOIR, pour lesquels nous sommes formés et informés, en sachant que les choix sont des deuils, et qu’ils engendrent frustrations et insatisfactions.
D’évidence, certains croient pouvoir se passer impunément de cette réalité. Il serait cruel de rappeler certains noms de pupilles et de «grands espoirs», montés au pinacle, et qui se retrouvent maintenant dans des ornières dramatiques. Certains ne seraient certainement pas étrangers au Président de l'O.N.C.T., à moins que l'oubli ne soit une vertu salvatrice.
Des solutions sont possibles, à condition qu’elles soient mises en œuvre non par des amateurs, aussi dévoués soient-ils, ou des taurinos nécessairement «intéressés», mais par des professionnels de l’Education qui portent une éthique, une pratique, et des techniques appropriées.
Cela n’exclut nullement la participation et le concours indispensables des premiers, mais cela apporte des garanties incontournables.
Il existe dans les lycées et collèges, des ateliers de danse, de cinéma, de théâtre, de mîme, de cirque, qui fonctionnent, SOUS L’AUTORITE et le contrôle de l’institution, avec des partenaires extérieurs qualifiés. C’est sans doute cette voie là qu’il conviendra d’explorer, après des études approfondies et un dossier étayé.
Inutile de préciser, qu’en ce qui me concerne, j’y œuvre, sans avoir attendu, en cette matière comme dans d'autres, que le gourou ait parlé…

Xavier KLEIN

mardi 10 novembre 2009

"EL PIMPI" à Pau


Pas trop le temps en ce moment de concocter des articles.

Pourtant, il faut annoncer une initiative intéressante de la Peña Taurine Joseph PEYRE de PAU (la banlieue taurine d'Orthez) qui organise un débat sur les piques, avec la participation de l'excellent picador "EL PIMPI" et de l'excellent chroniqueur Miguel DARRIEUMERLOU , le Vendredi 20 novembre 2009 dès 19 h 30.

On ne se réjouira jamais assez du travail de pédagogie entrepris par les peñas sérieuses, c'est à dire, celles qui ne se préoccupent pas seulement de festoyer.


A noter qu'une délégation de la Commission Taurine d'Orthez était en visite dimanche dernier à Poyartin (40) ou "El Pimpi" présentait avec Nathalie, sa compagne, la cuadra de caballos qu'ils proposeront aux empresas dès cette année.

Une cuadra de caballos à propos de laquelle, nous ferons un article dans le trimestre qui vient.


Bodega de MEILLON, 7 rue de la Mairie (64) MEILLON

Roger CHAGUE au 05.59.82.05.74 ou par mail roger.chague@wanadoo.fr

lundi 9 novembre 2009

TOROS ORTHEZ 2010

Les élevages retenus pour la journée taurine du 25 juillet 2010 sont publiés sur le site de la Commission (à partir de 21h, le 9/11), ainsi que quelques photos.

mercredi 4 novembre 2009

Claude LEVI-STRAUSS est mort…

«L'humanité est constamment aux prises avec deux processus contradictoires dont l'un tend à instaurer l'unification, tandis que l'autre vise à maintenir ou à rétablir la diversification.»
«Race et histoire»
«Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses, c’est celui qui pose les vraies questions.»
«Le cru et le cuit»
«Le monde a commencé sans l’homme et il s’achèvera sans lui.»
«Tristes tropiques»
D'aucuns s’émeuvent du décès d’une princesse d’Angleterre, d’autres de tel chanteur ou de tel acteur, on me pardonnera ici de m’affliger de la disparition de Claude LEVI-STRAUSS.
Non pas qu’elle fut prématurée, 100 ans, presque 101, c’est un âge plutôt confortable pour le grand voyage, d’autant que Claude LEVI-STRAUSS lui même pensait qu’il n'avait que trop vécu.
Plutôt parce qu’avec l’un des derniers témoins d’un esprit et d’une culture français, héritier des lumières, disparaît une certaine pratique de l’intelligence, qui ne se préoccupait en rien de l’agitation fébrile du temps, mais au contraire s’inscrivait dans l’éternité et l'universalité de la pensée humaine.
Enfin, parce que l’ayant connu, ayant assisté à plusieurs de ses interventions en Sorbonne, ayant conversé avec lui, grâce au truchement du Professeur PITT-RIVERS (cf. dans le blog), j’avais pu apprécier, très imparfaitement certes –quand on bénéficie de la jeunesse, l’ouïe est meilleure mais l’écoute déficiente- la puissance de sa pensée, la rigueur de sa logique et la grandeur de son autorité.
A l’époque, j’appartenais à un courant de pensée qui commençait à remettre sérieusement en cause le structuralisme et l’anthropologie structurale, ce qui n’empêchait nullement le respect dû au maître.
Ce décès annonce malheureusement le déclin, quasi irréversible, de notre culture, dans sa dimension universelle, et l’on comptera désormais sur les doigts d’une main qui se referme inéluctablement les derniers tenants d’une pensée haute, libre et puissante (René GIRARD, Michel SERRES).
Désormais commence la dictature de celle du court terme et de l’utilité, la péroraison des médiocres, le triomphe des "philosophaillons", le sarkosysme intellectuel en quelque sorte (superbe antinomie)!
Que vient faire LEVI-STRAUSS dans ce blog "d’humeurs taurines et éclectiques"?
C’est que contrairement à l’opinion de certains qui se piquent de savoir, sans s’être donné la peine de connaître, avec ce vernis culturel qui ne s’impose qu’aux sots ou aux naïfs, le cher Claude s’intéressait particulièrement à ce phénomène si singulier qu’est la tauromachie, qu’il qualifia un jour dans une conversation de «survivance extraordinaire et atypique». Il suivit d’ailleurs avec intérêt les travaux de Julian PITT-RIVERS sur ce sujet.
Il portait sur le monde, sur la fin de sa vie, une vision plutôt pessimiste, ou pour le moins désabusée, déclarant en 2005: «Ce que je constate: ce sont les ravages actuels; c’est la disparition effrayante des espèces vivantes, qu’elles soient végétales ou animales; et que du fait même de sa densité actuelle, l’espèce humaine vit sous une sorte de régime d’empoisonnement interne - si je puis dire - et je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n’est pas un monde que j’aime.» (France 2 émission Campus du jeudi 17 février 2005)
La dernière fois que je l’ai rencontré, en 1984, j’ai évoqué avec lui et avec PITT-RIVERS, une tauromachie qui allait déclinant, dévorée par l’emprise économique, dont le contenu symbolique, la signification du rituel disparaissaient sous les coups de boutoirs de l’exigence commerciale, de l’évolution du marché diraient certains.
Il était là aussi à la fois réaliste et pessimiste, ayant vu périr ces cultures, ces tribus qu’il avait fréquentées. J’avais noté son appréciation: «Tout cela terminera en mascarade, comme les indiens qui font la danse de la pluie pour réjouir les touristes. Les seules cultures qui résistent sont celles qui ne composent ni avec leurs valeurs, ni avec leurs modes d’expression. En la matière, l’intransigeance paye.»
Las Vegas vient célébrer en fanfare l’aboutissement d’une logique enclenchée par les mêmes apprentis sorciers qui, avec des pudeurs de vierges outragées, à grands coups de cris d’orfraie, en condamnent la caricature. La même tartufferie que nos élites économiques et politiques qui appellent à moraliser un libéralisme qu’ils ont promu et choyé.
LEVI-STRAUSS était un philosophe de l’impermanence, une notion bouddhique dans laquelle il se retrouvait. Il savait que certaines choses se perdent à jamais, ou comme l’écrivait Buddhaghosa dans le Visuddhimagga au Vème siècle de notre ère: «L'impermanence des choses, c'est l'apparition, le passage et la transformation des choses ou la disparition des choses qui ont commencé à être ou qui ont apparu. Cela signifie que ces choses ne persistent jamais de la même façon, mais qu'elles disparaissent et se dissolvent d'un moment à l'autre»
Pour aller dans le fil de sa pensée, la tauromachie survivra peut-être, mais son adaptation se fera au prix de la perte irrémédiable de son contenu symbolique et de son signifiant rituel pour se muter en simple objet économique, uniquement gouverné par des contraintes marchandes.
Cela en vaut-il la peine? Pour répondre ici très clairement, je dirai, qu’en ce qui me concerne, je défendrai une tauromachie qui ait du sens, je défendrai une éthique, je ne me battrai jamais pour défendre les intérêts des négociants qui s’en sont emparés.
De ce point de vue, l’intervention de Jean-Michel MARIOU dans l’émission «La voix est libre» de FR3 AQUITAINE du 24 octobre 2009, m’a paru marquée au coin du bon sens, et éviter la platitude des propos convenus et de la langue de bois taurine qui ne manque jamais de foisonner dans un type d’exercice de style qui prédispose aux sempiternels discours "tauromachiquement corrects". (
http://jt.france3.fr/regions/popup.php?id=e33b_voixlibre&video_number=1)
Laissons le dernier mot à Roger-Pol Droit qui a superbement résumé l’homme dans un article du Monde: «
Dans une époque pressée, confuse, massivement portée à la veulerie et au simplisme, l’homme passait fréquemment pour distant. Tous ceux qui eurent la chance de l’approcher peu ou prou savent combien cet esprit universel, profondément attaché à la dignité de tous peuples, savait être proche, amical, fidèle et chaleureux, surtout si l’on avait su tenir le coup sous son regard, le plus acéré qui fût.
Hautain? Non. Seulement exigeant, suprêmement intelligent, et peu enclin au mensonge. Cela fait évidemment beaucoup de défauts, surtout si l’on est en outre l’auteur d’une des œuvres majeures du XXe siècle. Dans la cacophonie de l’heure, une partition exemplaire. Et l’élégance altière, à côté du solfège, d’un musicien de l’esprit.
»
On comprendra que la récupération de LEVI-STRAUSS par certaines plumes frise au mieux le ridicule (sanctionné par un contresens magistral), au pis l’obscène.

Xavier KLEIN
P.S.: Pour l’anecdote, LEVI-STRAUSS s’amusait de mon patronyme. Il avait en effet utilisé la notion de "groupe de Klein" dans un ouvrage majeur: «Les structures élémentaires de la parenté».

jeudi 22 octobre 2009

HIATUS MALTAPROPOS

Nicolas BOILEAU
« Je vais ou je vas mourir, l'un et l'autre se dit ou se disent.»

prêté à Claude Favre de Vaugelas, à l'heure de son trépas.

Jean François m'a récemment aimablement brocardé au sujet d'un point d'orthographe, sur lequel je l'avais envoyé paître sans aménité.
En effet, j'avais employé l'expression «sa ire», et il me faisait remarquer qu'on disait «son ire» (comme on dit «son âme»).
A l'écriture, l'expression m'avait passablement raclé le tympan et, j'avais consulté un ami et collègue agrégé es lettres à ce sujet. Sans doute un peu distrait, il n'avait sur le coup, rien trouvé à redire. Donc Jean François fut prestement et mâlement envoyé aux pelotes.
Il s'avère que Jean François avait raison et me voilà dans la nécessité, en chemise et la corde au cou, comme un empereur d'Allemagne, de faire de bonne grâce amende honorable, et surtout de remercier Jean François de m'aider à améliorer mon écriture.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hiatus
J'en profite pour vous appeler à me signaler toute faute que j'omettrais.
En effet, avec l'âge, je constate que mon orthographe tend à se dégrader. Alors que jusqu'à présent, je jouissais de la grâce, ô combien imméritée, de ce que l'on appelle une orthographe naturelle, c'est à dire que le repérage des fautes s'effectuait par le constat que «quelque chose ne colle pas» à la relecture, sans que je pusse toujours me référer à une règle précise pour expliquer ce qui clochait et pourquoi.
Cette exigence d'une recherche de la belle langue semble passer pour certains, soit pour de l'emphase, soit pour de la prétention, voire pour du snobisme.
Je reconnais volontiers une prétention, celle de vouloir bien manier l'une des plus belles langues qui soient (
http://www.guichetdusavoir.org/ipb/index.php?showtopic=9699).
Ce n'est certes pas très...moderne, cela ne m'attire pas non plus foule de lecteurs comme certaines officines callejonesques qui revendiquaient récemment des milliers de contacts quotidiens, mais je suis par nature, par goût, par conviction et par profession attaché à quelques exigences dans ce domaine.
Je dois humblement avouer, être irréversiblement allergique à la démagogie orthographique et à l'éloge du SMS.
«Verba volent, scripta manent» (Les paroles s'envolent, les écrits restent.).
Il importe donc de s'essayer à des écrits de qualité, sinon sur le fond, où rien ne nous préserve de l'erreur ou de la bêtise, au moins sur la forme.
Ceci dit, nous avons la chance d'user d'une langue riche et variée, une langue qui inclut aussi bien le parler parfait d'un Flaubert, que la diversité et la créativité d'un Rabelais, d'un Céline, d'un Queneau, d'un Audiard ou d'un Frédéric Dard, tous auteurs que je révère. Et ces diverses formes d'expressions de la vigueur linguistique méritent toutes d'être explorées et exploitées, sans exclusives, tout comme en matière de tauromachie.
Merci à mes maîtres de m'en avoir donné, sinon l'emploi accompli, du moins le goût.
Sans disserter longtemps sur le thème (j'ai en horreur l'onanisme de certains à évoquer leur écriture et ses ressorts), il me faut avouer que l'exercice ne m'est guère aisé. Les premiers jets sont particulièrement lourds et empesés. Sans doute du fait de vouloir trop dire. Et il me faut élaguer et simplifier à plusieurs reprises pour parvenir à un écrit à peu prés comestible. Voilà en fait une excellente discipline de l'âme qui conduit à brider les méandres hasardeux de la pensée pour la contraindre à l'essentiel et au plus dur des arts: celui de la simplicité (que je suis astronomiquement loin de maîtriser...).
Merci à l'ordinateur de le permettre, sans passer par une consommation excessive de papier et de brouillons.
Voilà un an au 15 du mois, que le blog fonctionne. Je ne pensais pas être capable de tenir aussi longtemps, et avec une si relative régularité.
Vous m'y avez encouragé, et je suis souvent sincèrement surpris de l'intérêt et de la fidélité de beaucoup d'entre vous, ainsi que des liens cordiaux et féconds noués au fil du temps.
Sans autre prétention que de partager des analyses, des états d'âmes, des constats et parfois des provocations (autant à la réflexion qu'à l'indignation), le suivi de ce blog m'apporte un grand plaisir et sollicite de ma part un effort salutaire.
Puisse t-il continuer à vous intéresser.


Xavier KLEIN


Aimez donc la raison : que toujours vos écrits
Empruntent d'elle seule et leur lustre et leur prix.
[...]
Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse
[...]
[...] Soyez simple avec art,
Sublime sans orgueil, agréable sans fard.
Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont, d'un nuage épais, toujours embarrassées;
Le jour de la raison ne le saurait percer.

Avant donc que d'écrire, apprenez à penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
L'expression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
[...]
Hâtez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.
[...]
Soyez-vous à vous-même un sévère critique.
L'ignorance toujours est prête à s'admirer.
Faites-vous des amis prompts à vous censurer;
[...]
Mais sachez de l'ami discerner le flatteur.
[...]
Aimez qu'on vous conseille et non pas qu'on vous loue.
[...]
L'ouvrage le plus plat a, chez les courtisans
De tout temps rencontré de zélés partisans;
Et, pour finir enfin par un trait de satire,
Un sot trouve toujours un plus sot qui l'admire.
Nicolas BOILEAU "Art poétique. Chant I"

dimanche 18 octobre 2009

PILAR 2009

Quelques clichés pris sur le vif lors de l'expédition à Saragosse les 16 et 17 octobre (Dolores AGUIRRE, MIURAS).
Sans prétentions.
Ils n'ont pas la qualité des productions des maîtres CyRiotes.
D'autant, qu'horreur, j'use parfois du mitraillage, ce qu'un puriste ne saurait supporter. Ils ne visent en rien à rendre la beauté plastique d'une passe, plutôt à saisir un instant, une posture, un détail qui tire l'oeil, une incongruité.
En outre, la lumière artificielle de l'arène couverte dénature les couleurs, d'où le recours au bon vieux noir et blanc.
Joselillo dans ses oeuvres. D'aucuns lui trouvent des airs de parachutiste, je pencherai plutôt vers le légionnaire romain. Dans tous les cas, ses manières de belluaire, sa mâle résolution lui permirent de tirer parti honorablement de l'après-midi.
Une après-midi d'Aguirre intéressante, mais marquée par la mansedumbre et surtout par le sempiternel constat de l'incapacité de la toreria actuelle à lidier ces toros difficiles, si éloignés du prêt à toréer actuel. On aura compris que par lidier, il ne faut nullement entendre l'alignement réglementaire des 50 passes liées indispensables à la satisfaction du public (et même de l'aficion) moderne.
Serranito dans les choux, Robleño "fatal". Panique à bord quoi...
Et pendant que le Titanic coulait, l'orchestre jouait.
Evidemment, ce n'est pas en déchargeant la suerte de cette manière, en se découvrant et en ne se croisant jamais qu'on peut espérer dominer des toros con genio (une vingtaine de photos encore moins charitables le confirme).
La finesse de Serranito ne s'acommodera guère plus de ces cactus.

Il y eût un jour, il y eût un soir, il y eût un matin (difficile), premier jour.




N'allez pas croire les fadaises, qu'on lit sur maints journaux et blogs du système, il n'y avait, à grand peine, qu'une grosse moitié d'arènes. Une pitié pour un samedi de miuras.

Pas de miracles pour le petit Jesus (Milian)
Encore moins pour un autre torero de la tierra, Alberto ALVAREZ, qui n'avait que son courage à opposer aux deux adversaires les plus incommodes.





Seul sous le dais, Rafaelillo disposait de la technique, de la pratique, et de l'expérience pour fort bien et valeureusement toréer son premier, et de la rouerie et du mauvais goût pour chaparder une oreille de pueblo à son second.



Conclusion déprimante pour ma part. Cette détestable hypocrisie, sous couvert d'introduire dans des cartels des toreros locaux, en fait de faire des économies pour financer les vedettes du reste de la feria, devient insupportable.
Jouer avec la peau et l'aficion de momes qui n'ont que 2 ou 3 corridas dans les pattes est proprement ignominieux.
Pendant ce temps les figuras se coltinent les carretons les plus commodes...
Il fût un temps où, dans une grande feria, les têtes d'escalafon se seraient disputées les miuras, pour l'honneur.
Mais il paraît qu'on a jamais si bien toréé...
Décidemment la tauromachie me paraît parfois comme le monton de fleur de la Vierge du Pilar après 5 jours de fêtes: bien défraichie!


mardi 13 octobre 2009

LES CHTIS TAURINS

«Les envahisseurs: ces êtres étranges venus d'une autre planète. David Vincent les a vus. Pour lui, cela a commencé par une nuit sombre, le long d'une route de campagne, tandis qu'il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. Cela a commencé par une bodega et par un homme que le manque de sommeil avait rendu trop las pour continuer sa route.»
Vous voyez ce que je veux dire? Vous avez compris? Vous y êtes?
Et oui, on est culturé ou on ne l’est pas! Vous avez remporté le prix Colemont du meilleur nanard de l’année, qui sera remis en grande pompe (ballerines s’abstenir), courant janvier lors la grande braderie du camembert loulé à la mouche de Livarot, avec la participation exceptionnelle du duo flamenco-normand de Stone and Charden. Tenue de soirée de rigueur!
Il s’agit de ces aficionados au teint pâle, aux yeux délavés de brumes boréales, aux rides burinées des reliefs charbonneux de la mine, à l’haleine chargée de bière et moules-frites, qui pissent comme je pleure sur les femmes infidèles.
Vous les connaissez, vous les croisez sans le savoir, au hasard d’un tendido, au détour d’un zinc andalou, sur une piste empoussiérée du Campo-Charro.
Oui, ce sont bien eux, les grands, les beaux, les généreux, nos amis, nos cousins, nos frères du Septentrion: les membres incontournables et valeureux du Club Taurin du Nord.
Et ils ont du mérite les gonzes. Se cogner 1000 ou 2000 bornes pour assouvir leur passion, quand d’aucuns «grands aficionados» de nos contrées ne sont pas capables d’en faire 20 pour visiter les placitas de la Gascogne profonde.
Et ils ont du savoir et de la finesse les gaillards, qui n’ont rien à envier aux gourous sudistes autoproclamés.
Et ils ont de l’enthousiasme et de l’entrain les bougres, comme en témoigne le bulletin périodique qu’ils ont régulièrement la gentillesse et la courtoisie de m’envoyer.
Il faut lire «Olés y palmas». C’est un must! C’est une gourmandise spirituelle, tantôt légère comme une soie indienne, tantôt profonde comme un brocard flamand, mais toujours intelligente, et surtout superbement écrite et pertinente. Le genre d’écrit sans prétentions, mais non sans mérites, qui ne vous reste pas sur l’estomac comme certains opus emphatiques.
«Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine
»
Et c’est qu’ils citent de loin les redoutables, ils provoquent, ils titillent, ils avancent la jambe, ils desplantent même.
Revenant sur «l’affaire LAGORCE» (non pas Alain!), ce plumaillon éculé qui crût bon de faire l’intéressant en ramenant une science improbable alors qu’il eût mieux fait de rester dans les limbes de son insignifiance, Danièle HAINAUT, d’humeur taquine, brocarde ces débats homériques sur le sexe des anges qui nous occupent avec tant de ferveur.
Non, chère Danièle, nous ne sommes pas dupes des excès verbaux que nous commettons! C’est la race qui parle, ce jeu du mot, ces gasconnades sur des riens auxquels il nous divertit tant de nous adonner.
Certes, certains se prennent au jeu et sont persuadés que le sort de l’humanité se joue à Las Vegas, ou que les chutes répétées et la soseria (c’est un euphémisme…), annonciatrices du feu d’artifice final étaient inscrites de toute éternité dans les prophéties de l’apôtre de Patmos.
Ce n’est nullement le cas de toute la planète taurine.
Osons l’affirmer: il y a une vie possible en dehors des toros! Mieux! certains en jouissent…
Pour revenir au pitoyable Lagorce, ce qui m’a passablement agacé, c’est cette mode ridicule qui consiste à faire assurer le service après vente et la caution morale d’une monstrueuse connerie par un cheval de retour vaguement et éphémèrement célèbre, frotté de quelque vernis taurin.
Que Monsieur Lagorce soit intervenu pour dire qu’il avait éprouvé un orgasme tauromachique particulièrement glorieux au contact de Desgarbado, rien de plus légitime. Qu’il en ait détaillé les tenants et aboutissants, qu’il se soit esbaudi sur les détails d’une faena d’exception, pourquoi pas. Qu’il ait connu alors son chemin de Damas, grand bien lui fasse.
Mais qu’il se permette, sans qualification particulière, avec des sous-entendus cauteleux, et des allusions perfidement assassines de s’en prendre à ceux qui désapprouvaient, cela est insupportable. Et c’est ce qui a motivé les volées de bois vert qui l’ont, à juste raison, fustigé.
On y revient toujours. C’est la différence de l’autre qui nous semble insupportable. Et si les chipoteurs, les pinailleurs du «oui, mais» vous agacent, entendez, comprenez, admettez qu’il en aille de même dans l’autre sens. D’autant que ce jour là, il n’était pour ma part, nullement question de «oui, mais» mais d’un «non» ferme et définitif.
Sans doute me faut-il préciser que j’avais pris un franc plaisir le 17 août 1999 durant la corrida des 11 oreilles, nonobstant la pléthore d’appendices.
Le plaisir doit-il se taire? Ne supporte-il aucun commentaire, aucune limitation, aucun «après»?
Ce serait se priver de tout l’art érotique, de SAPPHO de Mytilène à Asha AMNOUR en passant par Louise LABBE ou Marguerite de Valois, pour ne citer que des femmes. Des noms qui ne doivent nullement échapper à votre érudition.
Certain(e)s ne font l’amour que dans le noir… mais il existe aussi les aubes triomphales et la douce pénombre des après-midis moites.
Pour autant, persistez chère Danièle dans des avis si vigoureux et si joliment écrits. Voilà qui réconforte, dynamise et suscite le débat, c’est à dire la relation entre humains de bonne volonté.
Et souffrez qu’en hommage je vous adresse ce merveilleux poème, qui explicite mieux que mes pauvres arguments le fond de mon propos. On n’a jamais fait mieux que les poètes pour tout dire en peu de mots:

Je vis, je meurs; je me brûle et me noye;
J'ai chaud extrême en endurant froidure:
La vie m'est et trop molle et trop dure.
J'ai grands ennuis entremêlés de joie.

Tout à un coup je ris et je larmoie,
Et en plaisir maint grief tourment j'endure;
Mon bien s'en va, et à jamais il dure;
Tout en un coup je sèche et je verdoie.

Ainsi Amour inconstamment me mène;
Et, quand je pense avoir plus de douleur,
Sans y penser je me trouve hors de peine.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être au haut de mon désiré heur,
Il me remet en mon premier malheur.

Louise LABE "Sonnet VIII"
.
PS: Peut-être Danièle HAINAUT ou Denis DAMMARETZ auront-ils la gentillesse de me transmettre l'article pour que je puisse le mettre en ligne.
2ème PS: Quand aurons-nous le plaisir et l'avantage de les accueillir à Orthez?

«Olés y Palmas»
Bulletin du Club Taurin du Nord
Danièle HAINAUT et Denis DAMMARETZ
Appartement 48. résidence Plein Ciel 1
59770 MARLY
Tel: 03.27.30.05.67
10 euros pour 4 numéros

dimanche 11 octobre 2009

Il y a la Semaine Sainte de Séville mais aussi la 25ème Semaine Taurino culturelle de la Peña Jeune Aficion de Saint-Sever.
Sans doute la plus riche et la plus intelligente manifestation taurine qui soit, organisée par une peña digne de ce nom. Une peña qui ne se contente pas d'engranger des bénéfices et d'organiser des sauteries outre Pyrénées, mais continue, contre vents et marées, à croire que la tauromachie n'est pas seulement une tradition plus ou moins festive, mais aussi et surtout un savoir et une transmission, en un mot, une culture qu'il convient de nourrir et de développer par des conférences, des débats et des échanges.
A fréquenter sans modération.


samedi 3 octobre 2009

EVIDENCES

Por Fernando Corella.
Puisque certains paraissent apprécier les dessins humoristiques, une récente importation du site d'Andrés Verdeguer Taléns (http://cornadasparatodos.blogspot.com/2009/10/una-vineta.html )
Traduction: "C'est bien que les enfants ne voient pas de corridas, ils pourraient devenir des personnes dépourvues de sensibilité comme Goya, Picasso, Lorca, etc."
En dessous de la colonne: Aux bons aficionados de Catalogne qui sont nombreux.

dimanche 27 septembre 2009

La mémé va bien, merci!

Dans son dernier numéro (n°1862 du 18 septembre 2009), la revue TOROS, la «vieille dame» de l'aficion française, une vieille dame comme nous les aimons, genre Miss Marple, nous donne à lire, une fois de plus, que son âge vénérable n'a en rien affecté ni sa vigueur, ni sa passion, ni sa raison.
Si certains témoignent régulièrement soit d'une incompétence chronique, soit d'une prétention démesurée, soit des signes alarmants d'alzheimer précoce, il faut se louer que demeure toujours debout, belle et fière dans son intemporelle livrée N&B, contre vents et marées, par delà les modes, la passionaria sereine des ruedos.
C'est l'aïeule dont on se devrait d'écouter la voix avec respect, comme on se tait quand l'ancien parle, à l'issue des diners de famille, pour mettre un terme aux débats vains et passionnés.
TOROS, est l'un des garde-fou indispensable, la vigie, la sentinelle qui comme le Lieutenant Drogo dans le «Désert des Tartares» ou Aldo dans le «Rivage des Syrtes» préviennent d'un mal, qui sans arrêt menace, tarde à paraître, mais finit inéluctablement par survenir. Espérons vivement que, comme ces héros, elle ne succombera pas à son déferlement.
Dans son éditorial «Chronique du temps», MANOLILLO revient sur la feria de Bilbao, l'une des rares ferias jusqu'à présent «normatrices», qui devraient constituer à la fois les étalons, et les remparts aux dérives du temps.
Il faut craindre que ces derniers brise-lames ne soient enfoncés et submergés, et que l'inconséquence des discours démagogiques, ignorants et/ou intéressés n'ait triomphé.
MANOLILLO relève dans le discours de Matias Gonzalez, le président de Bilbao:
«Le premier tiers ne devient plus qu'une formalité sachant que le public ne donne d'importance qu'au troisième, les toreros ne s'intéressent plus à la lidia; quant à la mort, leur principal objectif est la rapidité.»
MANOLILLO constate ensuite que: […] «La réalité des choses est souvent cruelle. Si, dans une arène de première catégorie comme Bilbao, le premier tiers n'est plus qu'une formalité, c'est qu'ailleurs il a déjà disparu. Si, à Vista Alegre, le torero ne se soucie plus de donner la mort dans les règles, c'est qu'il considère la chose, aussi, comme une simple formalité.»
[…] «L'évolution se fait quand même, seule, en passant par le chemin le plus court, c'est à dire le nivellement par le bas, de concession en concession.»
Et de conclure: «Sans que l'on veuille s'en rendre compte, repères et références se perdent, les uns après les autres. Pour être remplacés par un maelström de comportement confus, fonctionnant notamment au rythme de l'immédiat (musique) et de la sensiblerie (indulto).»
Sous le titre «BILBAO 2009: le crépuscule de la bravoure», Joël BARTOLOTTI enfonce le clou, s'il en était besoin: «Le manque de puissance (poder) du toro actuel (une chute de la cavalerie de Bonijol à Vista Alegre en huit courses, et donc quarante-huit toros lidiés!) est sans doute irréversible, souhaité et obtenu par les taurinos: lorsqu'il se cumule avec le manque de bravoure et de caste, cela favorise la totale édulcoration de notre passion. Le toro faire-valoir, grand ou petit, armé ou non, intègre ou afeité, devient alors cet animal sans caractère, manso ou mansote, qui va vers le cheval du picador pour y recevoir au mieux les deux rencontres réglementaires (parfois simulées, car transformées en simples vaccinations), sans pousser ni s'attarder contre le matelas.»
[…] «La recherche des éleveurs tend vers le toro qui dure (sous-entendu: à la muleta). La lidia sera donc totalement déséquilibrée tant qu'on ne décidera pas de revenir à celle de toujours, celle des trois tiers, même si ce dernier doit être réduit à trente passes maximum et au coup d'épée.»
Que rajouter après ces philippiques d'aficionados reconnus qui ne sauraient passer ni pour des rigolos, ni pour des fanatiques, ni pour des excités?
Qu'il s'agirait tout d'abord d'identifier les causes et les vecteurs de cette évolution mortifère.
Nous nous y employons régulièrement dans ce blog, surtout par la dénonciation régulière des dérapages et excès de ceux qui influencent l'opinion et seraient sensés l'éduquer.
Qu'il faut rester sereinement ferme dans des convictions et des pratiques, sans céder au commercialisme, à la démagogie et à l'ignorance crasse ambiantes.
Cette semaine, j'ai entendu des discours qui m'ont éberlués de la part d'aficionados et d'amis, à propos de l'organisation de la future novillada d'Orthez. On voulait du suave, et on nous enjoignait de choisir d'abord les novilleros, et ensuite de considérer le bétail qui pouvait leur convenir, au motif que certains élevages pouvaient présenter trop de difficultés pour les pauvres chéris et que nous ne saurions devenir responsable des drames qui pouvaient s'ensuivre... En somme d'appliquer les exigences indignes des figuras, dés le premier échelon des festejos.
Ô mannes de Domingo Ortega, de Bienvenida ou de Manolete, figura tombée devant un miura!!!
Si dès la novilleria, on nous prescrit de rentrer dans cette logique où la tauromachie se refuserait a priori au risque, pour se résumer au décorum, l'affaire est bien mal engagée.
A Bilbao, du sein du tendido 5, un sage a crié: «¡Más toros y menos Domecq!». Le cri du coeur certes, mais surtout celui de la raison...
Il faudra bien se résoudre un jour, à défier la bien pensance et le politiquement correct, pour affirmer que les nobles arts et sciences de la tauromachie exigent plus que de la passion, de l'agrément et qu'un intérêt vaguement esthétique. La compétence en la matière s'acquiert aussi et surtout par des savoirs et par l'expérience, ouverts à tous, pour peu qu'on s'en donne la peine et les moyens.
L'O.S. comme l'ingénieur, la femme de ménage comme l'agrégée de philo, le smicard comme le rentier, peuvent y prétendre sur un pied d'égalité, seuls changeront les sacrifices consentis et leurs emplacements dans les gradins.
Mais demeurera toujours l'impératif d'un jugement qui ne repose pas uniquement sur le principe de plaisir, mais sur l'économie plus exigeante de la CONNAISSANCE, qui fait fi de la facilité et de la complaisance.
Il en va ainsi de tous les arts et de toutes les sciences, n'en déplaise aux flatteurs démagogues.
Merci, chère vieille dame, de nous le rappeler très régulièrement.


Xavier KLEIN

NOTA: En exergue, quelques taquineries envoyées par Puntilla, fidèle lecteur.

samedi 19 septembre 2009

"ARCHI-CHIANT"?

«Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l'immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire.»
Confucius

Dans un article paru dans le TOROMAG n°15 d’août 2009, Benito del Moun, (que ces pseudonymes sont pénibles!) pose la problématique à laquelle sont confrontés nombre d’organisateurs de spectacles taurins.
(article repris par l'incontournable Paquito II -qu'il m'excuse, de ne pas être en accord avec lui pour une fois- dans le forum de la F.S.T.F.: http://www.torofstf.com/forum/read.php?f=1&i=8221&t=8221)
Si l’auteur pose bien la question, il n’en demeure pas moins que la (les) réponse(s) sont infiniment plus complexes qu’il veut bien le laisser entendre, format de l’article oblige sans doute.
Orthez ayant été désignée par certains comme une plaza «d’art et d’essai», il va sans dire que ces propos de Benito del Moun nous interpellent.
Il semble utile d’y répondre, non pas de manière polémique, mais par l’explication.
D’autant que ce questionnement et les enjeux qu’ils évoquent se placent réellement au cœur même des débats de la Commission, et par delà du mundillo.
En préalable, il convient d’expliquer le contexte et l’analyse sur laquelle se fondent les options retenues par la dite commission, validées par son président.
Le Pesqué est une plaza de 3ème catégorie d’une capacité de 3200 places (2800 payantes). Elle se situe en marge méridionale de la zone de tradition taurine et constitue avec Garlin, une «exception béarnaise».
Bon an, mal an, depuis plusieurs années, le taux de remplissage moyen varie de 65 à 75% (invitations comprises). Cette année il a été de 73%.
Le déficit engendré par cette situation oscille depuis dix ans entre 20.000 et 45.000 euros (34.000 euros en 2008), à la charge du contribuable.
80% du public (60% de la capacité de l’arène) est constitué de spectateurs locaux, dont l’immense majorité assiste à 1 à 3 festejos par an. Il serait en revanche intéressant de savoir combien accèdent à des corridas télévisées ou à la presse spécialisée.
La corrida des fêtes constitue une tradition à laquelle ce public est très attaché et fidélisé, ce qui constitue un atout.
Orthez est en outre confronté à la contrainte de la concurrence de nos amis de Saint Vincent de Tyrosse le même jour, voire de Garlin, la veille.
Les problèmes rencontrés en d’autres lieux se retrouvent à Orthez: désaffection et vieillissement croissants du public. A des mutations culturelles, on doit surtout ajouter la contrainte financière d’un renchérissement du coût du spectacle et donc du prix des places depuis plusieurs années. Bon gré, mal gré, d’un spectacle populaire on dérive ineluctablement vers un spectacle plus élitiste socialement, du fait même de cette inflation.
La prise en compte du déficit par les finances municipales ne pose pas encore problème, tant qu’il demeure dans des limites raisonnables. Mais d’ores et déjà, sous l’influence des discours anti-taurins, des critiques se font jour, qui tôt ou tard, feront débat. Même si l'attachement des ortheziens à ce qu'ils tiennent pour une composante essentielle de leur identité locale ne fait aucun doute.
Il faut également préciser que le budget global d’une corrida à Orthez (toros, toreros, cavalerie, frais divers) se monte à 75.000 euros (hors «com») ce qui représente une gageure qui ne manquera pas de faire sourire les «géants» voisins...
Le cadre politique dans lequel s’exerce l’activité, consultative, de la Commission (le président, votre serviteur, en étant le garant et seul responsable en tant qu’élu) doit donc répondre aux impératifs suivants:
1°) Minimiser autant que possible le déficit.
2°) Conserver le caractère populaire et rajeunir le public, ce qui suppose de pratiquer des prix raisonnables (les plus bas de France, et de loin, depuis des années).
3°) Maintenir, voire développer des spectacles qui aient un sens. C’est à dire, ne pas organiser des spectacles commerciaux, ou au rabais, pour dire qu’on les organise, mais se préoccuper d’une certaine éthique.
4°) Maintenir la corrida (son remplacement par des novilladas ayant été exclus a priori par le politique).
L’enjeu peut donc se résumer à la nécessité d’attirer de 200 à 500 spectateurs supplémentaires.
Quels peuvent-ils être?
Au regard de ce qui se passe ailleurs, et notamment des grandes plazas qui remplissent, ce public ne peut être qu’exogène.
La question à laquelle doit répondre Orthez est simple dans son énoncé et complexe dans sa réponse: comment attirer ces spectateurs qu’on peut dés lors légitimement nommer aficionados?
Une première réponse a été, depuis une décade, d’organiser une journée taurine complète, qui justifie un déplacement et attire un public populaire et jeune, qui n'a pas toujours les moyens de s'offrir une corrida.
La deuxième est infiniment plus difficile puisqu’elle concerne le créneau à occuper, c’est à dire le style de tauromachie qu’on entend présenter.
Tant à Orthez que dans les plazas comparables d’Aire ou d’Eauze (j’exclus Tyrosse qui peut bénéficier d’un apport de "public de plage" qui nous est interdit), les compromis, les voies médianes ont été jusqu’à présent retenus. On a essayé de concilier les exigences louables de l’aficion locale, le goût supposé d’un public néophyte pour le spectaculaire, l’attente des édiles pour des succès retentissants qui se traduisent par un déluge de trophées, et la chronique laudatrice de la presse locale.
Cela donne des toros sensés «servir», des toreros «animateurs» et un spectacle qui perd de sa substance, et s’expose à des critiques anti-taurines ou à des sourires aficionados narquois qui deviennent ainsi justifiés.
Combien d'aficionados "extérieurs", volontiers critiques, se rendaient régulièrement au rendez-vous orthézien pour y faire vivre la tauromachie? Une question qu'on peut poser pour d'autres plazas qui se démènent, accompagnées du vertueux soutien virtuel de l'aficion "bien pensante", généralement absente sur les gradins.
En dehors de la perte de sens de ce qui devient alors en règle générale une charlotade à vocation surtout commerciale, il est clair que CELA NE MARCHE PAS, et qu’à terme on va à la disparition de l’activité taurine dans ces villes, si l'on n'y remédie.
Il faut donc évoluer entre les deux pôles que constituent dans l’aficion, l’option torerista et l’option torista.
La mise en place de la première nécessite des moyens incompatibles avec les possibilités existantes. Une figura, même de «deuxième rang», «consomme» à elle seule la globalité du chapitre «torero».
En outre, quelle peut être leur motivation ou leur intérêt à s’investir dans une plaza de 3ème catégorie (quand il ne le font que rarement en plaza de 1ère)?
De plus, avec les figuras ou les figuritas, il faut "les toros qui vont avec", c’est à dire le deuxième, ou plutôt le troisième choix des ganaderias en vogue, qui demeurent encore à des tarifs prohibitifs pour la présentation que l’on connait. Si l’on goûte le «demi-toro» faible, soso et afeité, on y trouvera son bonheur!
L’option torerista n’est donc pas mobilisable parce qu’elle n’est pas réaliste dans une petite plaza.
La deuxième option torista est beaucoup plus concevable financièrement. Les conclusions de Benito del Moun s’imposant à la plupart des organisateurs, surtout en Espagne, on parvient à trouver nombre d’élevages délaissés, et de lot disponibles à des tarifs raisonnables. Il en va de même pour les nombreux toreros de milieu ou de queue de l’escalafon, qui cherchent désespérément des contrats, soit parce qu’ils n’en ont pas, soit pour faire nombre dans leur tableau de chasse, soit parce qu'ils peuvent se faire remarquer.
Cette deuxième option peut toutefois dériver vers les résultats que Benito dénonce à juste raison dans son article: la difficulté pour un public majoritairement néophyte, d'adhérer à un spectacle qui suppose une culture taurine et des prérequis.
Orthez a donc choisi d’opter pour une solution sinon médiane, du moins équilibrée avec le cahier des charges suivant:
1°) Un toro INTEGRE, présenté DANS LE TYPE (y compris de petit tamaño si nécessaire).
2°) Un toro ENCASTE (ce qui ne sous-entend pas difficile) qui s’exprime.
3°) Un toro FORT et mobile qui peut supporter un premier tercio (au moins deux piques) réalisé dans les règles de l’art. Il n’est rien de pire, surtout à Orthez, que les toros qui s’affalent. A ce propos, un effort considérable (prix, information, valorisation, dialogue avec toreros et piqueros) est réalisé.
4°) La promotion d’encastes rares ou négligés, d’élevages méconnus.
5°) Un toro qui permette un troisième tercio d'une trentaine de passes.
Il n’est donc nullement question de singer Vic ou Céret, ni de produire des aurochs difficiles, peu appropriés à l’exiguïté du ruedo orthezien. Il s’agit d’aller vers le piquant, l’authenticité et l’originalité, et de donner à voir une différence qui peut séduire, dans une perspective de pondération.
Il en va de même pour les toreros. Ne pouvant nous offrir des vedettes, nous recherchons l’aficion, le désir, la sincérité, la motivation et également nous voulons proposer l’opportunité d’une chance ou d’une seconde chance.
On le voit, les choix retenus ne constituent pas la résultante d’options idéologiques (même si ces choix sont sous-tendus par une éthique), mais la conclusion de constats, d’analyses et d’un raisonnement.
Dois-je préciser que je suis personnellement de «tradition dacquoise» et que je ne renie en rien les goûts taurins de ma ville natale. Ponciste et morantiste, on ne peut donc me suspecter de "torisme" forcené.
Mais l’exigence en matière de toros, d’une once minimale de caste et de sauvagerie qui permette de qualifier légitimement un «toro de lidia», constitue t-elle déjà un extrémisme?
Ces choix sont l’objet de débats au sein d’une commission plurielle et diversifiée, qui réunit la palette des sensibilités aficionadas et citoyennes (les toristes, les toreristes, les prudents, les audacieux, les comptables, les pragmatiques, etc.). C’est normal et c’est sain.
Comme tous choix, ils peuvent être contestables, mais ils ont le mérite d’être clairs et argumentés. Ils doivent en outre s’assumer sur une certaine durée avant évaluation. Une identité ne se construit pas en une temporada! Rome ne s'est pas faite en un jour (alors Orthez!)
Il faut également prendre en compte le facteur déterminant que constitue le fait de ne disposer que d’un "pistolet à un coup", quand les grandes plazas organisent des ferias (ou d’une temporada) de plusieurs corridas pour s’assurer un succès hypothétique. Orthez, c’est donc la pratique obligée et contrainte de la roulette russe. Il n’y a pas de deuxième chance, ni de session de rattrapage.
Combien faut-il voir de corridas pour en voir une «bonne»? Et qu’est-ce qu’une «bonne corrida»? Il ne faudrait donc pas en venir à reprocher aux petites plazas qui se démènent, les contingences auxquelles elles sont assujetties, ce qui serait un comble.
Benito fustige un excès. Et il a raison de le faire.
Mais ce qu’il dit des spectacles toristes «archi-chiants», il pourrait aussi bien le dire de bien d’autres. Et les grands cycles sévillans, madrilènes, bilbaínos -ou même dacquois- de cette temporada confirment que l’ennui ou l’insignifiance ne constituent pas le monopole du torisme tel qu’on le caricature, mais bien le lot de notre passion. Cela relativiserait et crédibiliserait son propos.
En d’autres termes, Benito peut-il citer une seule arène où l’on ne se soit pas ennuyé, selon ses canons, au moins sur une corrida, cette année?
Le lieu commun galvaudé qui consiste à assimiler torisme et ennui constitue en fait un présupposé répandu par ceux qui ont intérêt à promouvoir «l'autre tauromachie», celle qui prône une prétendue modernité. Il est dommage que Benito se commette à cette confusion.
Ce discours n'a d'ailleurs rien d'original, et concerne TOUS LES ARTS. C'est le discours méprisant de ceux qui savent mais rejettent la «masse» dans une ignorance dont elle ne saurait s'affranchir. Ce sont les mêmes qui trouvent inconciliable la lecture de Proust, de Céline ou de Yourcenar et celle du Midi Olympique, mais également vouent aux gémonies, pèle-mêle, l'opéra, le ballet, la symphonie, la sculpture, la philosophie, etc. (la liste serait interminable) aux motifs que le «peuple» (dont ils se croient les porte-voix) n'adhèrerait pas à des modes d'expression qui ne sollicitent pas simplement une simple jouissance consommatrice, mais demandent un effort de compréhension et d'intelligence.
On peut légitimement préférer ARTE à TF1, et ne pas vouloir s'abrutir dans des spectacles débiles, sans passer pour autant pour des extrémistes...
Dans cette perspective, qui prend réellement les gens pour des cons en leur donnant ce qu'ils sont sensé aimer, et qui les respecte en pariant sur leur intelligence et leur compréhension?
Existe t-il une solution assurée, une formule miracle pour «...captiver. Donner des raisons de s'enthousiasmer»?
Si Benito prétend connaître cette panacée, il sera un homme riche que toute empresa se disputera. Cependant, il semblerait qu’il s’y soit essayé, aux sources de la Midouze, sans que le résultat se soit avéré tellement probant, ce qui devrait le rappeler à plus de retenue, n'ayant d'évidence su trouver le Graal taurin.
Sachant qu'avec le Graal, ce qui importe c'est la queste.
A Orthez, nous faisons du mieux que nous pouvons, avec le peu dont nous disposons, sans être particulièrement épaulés par le mundillo, c’est le moins que l’on puisse dire.
A défaut de réussir pour l’instant, nous osons.
Cela s’appelle en langage taurin «avancer la jambe» et cela devient si rare et si désuet de nos jours…

Xavier KLEIN

jeudi 17 septembre 2009

Don BULL (suite)

Selon les spécialistes et les vertueux esprits qui s'indignent volontiers des excès d'outre-atlantique, mais ne considèrent pas ceux qu'ils cautionnent sous nos cieux (le coup de la poutre et de la paille...), la pitrerie de Las Vegas se serait terminée en bide lamentable.
On se soucie déjà des répercussions du tsunami parti des confins du Nevada. En fait une vaguelette qui effraie surtout ceux qui aiment à se faire peur avec des illusions et des épiphénomènes pour mieux s'aveugler sur les réalités.
Et puis, il y a ceux qui ne se bercent pas que de discours alarmistes et se remuent.
C'est le cas de notre ami et lecteur Pierre Thomazo, qui après une nuit d'étreintes passionnées, a sacrifié l'un des draps de soie de son lit de compétition à baldaquins (avec menottes intégrées) pour y porter, en lettres de sang, le témoignage de sa ire.
Parler c'est bien, agir, c'est mieux!
La banderolle (en fait, il y en avait deux) n'était pas aux barreras, posée par quelque activiste du callejon, mais dans les gradins du populo.
Faudrait pas pousser tout de même! Se salir les mains ou risquer d'altérer les bonnes relations qu'on cultive avec le mundillo et les figuras.
La franchise et l'impertinence ont leur limite, surtout dans le beau monde de ceux qui fraient avec les "bullfighting people".
Xavier KLEIN

mardi 15 septembre 2009

DIMANCHE 13 A DAX: EXTRAORDINAIRE CORRIDA DE J.P.D.

«Vous avez détruit ce que l’on ne voit nulle part pour édifier ce que l’on voit partout»
Apostrophe de Charles Quint au chapitre de la cathédrale de Cordoue

Comme suite à l’événement taurin de la veille, où l’on avait pu s’émerveiller du comportement sauvage et indomptable d’un lot de Victoriano del Rio, copie conforme de ces Daniel RUIZ de la feria, qui avaient tellement esbaudis le bon peuple par leur fougue et leur piquant, on donnait à voir un lot de dimensions réduites, d’un certain Victorin de Galapagar, sorcier de son état.
Ah, la magie des charges sages et mesurées, l’application à poursuivre inlassablement l’étoffe sans distraction ni arrières pensées malignes, la rectitude des parcours, l’auguste tête qui s’incline inlassablement pour effleurer le sable, la prude fadeur des humbles! Et jusque même à cette pointe de faiblesse qui scelle la qualité des grands toros modernes!
Que voulez-vous mon bon monsieur, on ne peut pas «s’employer» et «servir» avec grâce sans en subir quelques effets! Tous les laquais vous le diront.
Un léger bémol pour ce sixième toro qui poussa l’outrecuidance jusqu’à vouloir se comporter comme un Victorino MARTIN.
Mais si! Mais si! Qu’il vous souvienne de cet élevage tellement atypique et attachant qui, jusqu’à la fin du XXème siècle, perpétuait vainement les valeurs talibanesques de la tauromachie d’un autre âge! A l’ancienne qu’ils disent! Comme si la modernité recelait encore quelques vertus dans le monde de la décroissance!
D’ailleurs David MORA, l’aimable jeune homme qui l’affrontait se trouva fort dépourvu quand la bise fut venue. Impossible avec ces oiseaux là de lier, de toréer de pico, de rester en retrait! C’est qu’il faut sans cesse s’investir, se croiser, pénétrer leur terrain, leur «monter dessus», suer de peine et de peur quoi! Des toros bien peu urbains et fréquentables en somme, pour le bel ombrageux.
Etant donné son âge vénérable, le maestro EL FUNDI, surnommé «Orangina», car il ne saurait se priver d’être périodiquement secoué, demeure l’un des seuls à conserver le savoir-faire lidiador indispensable à cette matière taurine.
Las! On l’excusera volontiers de s’être ressenti d’une saison très éprouvante.
Tout de même, les quelques rares observateurs avertis, attentifs donc nécessairement décalés, auront apprécié, en dépit d'un toreo distancié, le luxe incongru offert par un maître, comme des perles à des cochons, d’un toreo puissant et dominateur, sur un même terrain, sans errements aux quatre coins du ruedo, sans se faire mordre l’étoffe, et sans se faire bouffer par son adversaire.
Les autres, la masse des «clients» se sera gavée bonhommement et sans manières du clinquant et du tape à l’œil fourbi par Alberto Aguilar. Le petit Albert ne se sera rien épargné pour plaire à la masse ravie dans un répertoire «paysanas» qui plût beaucoup. Heureusement, la justice immanente trancha, à la justement nommée «hora de verdad», et «les aciers», comme causent certains cuistres, bien que portés avec franchise, ne lui permirent pas de triompher.
Courage Victorin! Tes talents de «brujo» finiront par payer.
Encore un petit effort et tu transmuteras l’or en plomb et un sang prestigieux et original en produit standardisé et vénal.
Dans trois ans à n’en pas douter, tu nous pourvoiras en garcigrande ou en zalduendos travestis en albaserradas.
Mais le plus extraordinaire n’est pas là.
Pas plus que dans des vueltas de complaisance à des adversaires qui n’ont rien témoigné de particulièrement exceptionnel.
Ni même dans un troisième toro cojo ou invalide qu’on eût dû avoir le bon goût de changer.
Rendez vous compte, après l’année de l’indulto, une autre année inédite, celle de la première corrida dacquoise depuis des lustres, où ne dégringole aucune oreille…
Ça, c’est un événement.
Décidément Dax surprendra toujours, même sans le faire exprès.

Xavier KLEIN


vendredi 11 septembre 2009

"Les injures sont les raisons de ceux qui ont tort" FENELON

Chers amis anti-corridas,

D'évidence, beaucoup d'entre vous fréquentent ce site.
Un récent post de Madame Claire STAROZINSKI, mais également des interventions de Madame "Jo" BENCHETRIT sont advenues, et je les ai courtoisement, loyalement, honnêtement, et intégralement conservées.
Je comprends et j'admets parfaitement votre position, qui me semble tout à fait honorable, même si, c'est un truisme, je ne la partage pas.
Vos idées ME paraissent absconses voire absurdes. J'ai bien dit ME PARAISSENT, je n'ai pas affirmé qu'elles l'étaient.
Le respect d'un autre être humain me paraît une règle civilisatrice incontournable, mais je vise à l'humanisme, et vous aspirez à l'animalisme, ce qui pourrait expliquer beaucoup de choses.
Je n'ai jamais dit non plus que vous étiez stupides ou, pire, infâmes, et je ne l'ai même jamais pensé.
La réciproque est-elle vraie?
Il ne vous aura pas échappé qu'à part une infime minorité d'excités qui s'expriment sur le net avec virulence et vulgarité à votre endroit, la plupart des "aficionados" vous manifestent de l'indifférence. Il en va de même lors de vos manifestations (provocations?), pourtant souvent très agressives, qui ne recueillent le plus souvent, et vous le savez, que des sourires narquois et des haussements d'épaules placides. Je suis resté plus de 3h à Dax l'an dernier à vous observer et même à discuter avec vous et je n'ai constaté aucune violence envers vous. Vous savez parfaitement que vous ne risquez rien, ou pas grand chose, dans des régions ou la tolérance et la pondération des idées sont de règle.
Prendriez-vous les mêmes libertés avec d'autres publics ou sous d'autres cieux?
Il ne vous aura pas échappé non plus que cette diversité d'opinion, ce regard critique porté sur soi et sur "l'objet de la passion", ce débat permanent, cet échange d'idées, cette démarche pour arriver à cerner ce que l'on aime et ce que l'on fait s'expriment librement sur ce blog.
Cette liberté de ton, cette remise en cause existe-elle dans vos rangs?
Et c'est là que réside toute la différence entre une "foi", qui ne relève en rien de la raison, et le regard lucide que nous essayons ici de développer, y compris sur nos pratiques.
Quand j'évoque une foi, j'en arrive à penser fanatisme devant la violence des propos que vous ne manquez pas de développer et qui substituent systématiquement, ou presque, l'insulte à l'argument, et la condamnation sans nuances à la tentative de compréhension de l'autre, de l'Autre, dans sa différence.
Cela porte un nom: l'INTOLERANCE.
Il me semble intéressant et positif de votre part, que vous veniez de temps à autre vous promener dans les colonnes de la Brega.
Si cette démarche est dictée par le désir de comprendre et de découvrir un autre discours, une autre réalité, un autre "ressenti" (y compris dans un domaine qui vous révolte), cela me semble tout à fait estimable.
S'il s'agit de venir y recueillir matière à vos diatribles pourquoi pas, au moins vous éviterez d'évoquer ce que vous ne connaissez pas. Je ne vous en blâmerai certainement pas, agissant de même et fréquentant vos sites, sans pour autant vous insulter.
La seule exigeance que j'aurai, sera celle de la courtoisie et du respect.
Que certains d'entre vous s'amusent à systématiquement cocher l'onglet "à oublier vite" à la fin des articles, c'est puéril certes, mais cela prête à sourire.
Que certaines y aillent de leur prêche répétitif, cela n'apporte rien, mais cela se supporte encore.
Ce qui est inacceptable ce sont les injures, qui plus est anti-sémites, que j'ai reçues récemment.
"Crève et souffre klein youpin, et tes enfants aussi, comme tu fait (problème d'orthographe) soufrir (décidément!) les animaux"
Je ne suis pas juif, mais le deviens volontiers avec les anti-sémites, par solidarité. Comme le roi de Danemark qui porta l'étoile de David le jour où l'occupant nazi l'imposa.
Mais juif ou pas, je me questionne sur cette violence intolérable, et sur ce et ceux (celles) qui par des discours excessifs, des argumentaires sommaires, des comparaisons inadmissibles lui permettre de naitre et de se légitimer.
Je ne peux penser que vous soyez à ce point irresponsables des monstruosités, qu'à votre corps défendant sans doute, vous engendrez.
Cela ne m'atteint nullement en tant que personne. Tout ce qui est excessif est méprisable.
Mais cela fait vraiment douter de l'humanité.
Si le contenu de ce blog, son mode d'expression vous déplaisent, libre à vous de ne pas le fréquenter.
Bien à vous.
Xavier KLEIN

mardi 8 septembre 2009

«Medice curate ipsum»

Commémoration oblige (indulto de Desgarbado), grande offensive automnale de l’establishment médiatico-taurin qui se fait actuellement les gorges chaudes d’un article commis par un certain Guy LAGORCE, génie littéraire heureusement méconnu qui a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire des lettres françaises.
Les brillants sujets ne hantant plus comme antan les callejons ou les barreras, on s’en remet à un LAGORCE. On a les gloires qu’on mérite ou du moins celles que l’on peut!
C’est le lot des esprits médiocres que de se référer à l’autorité, réelle ou supposée, d’une célébrité, ou prétendue telle. On le voit dans les débats taurins ou anti-taurins où chacun se presse d’exhumer la citation de son grand homme –de Victor Hugo à Picasso- qui viendrait ainsi cautionner, de sa stature, la justesse de la cause.
LAGORCE n’échappe pas à ce travers en faisant lui aussi parler posthumément les morts, à qui, comme les statistiques, on fait dire ce que l’on veut.
Nous nous en abstiendrons.
LAGORCE convoque l’union sacrée et flétrit les semeurs de «querelles byzantines», qui à ses yeux déchirent et divisent la nécessaire unanimité qui devrait s’imposer. C'est curieux chez les sportifs ce besoin de marcher au pas cadencé, en rangs serrés.
LAGORCE stigmatise «les docteurs en tauromachie auto-proclamés», les «ayatollahs», étincelant ainsi d’une originalité sémantique et d’une profondeur de pensée insondables. Faut-il user de cruauté en le renvoyant à l’éblouissant article d’André-Marc Dubos ("Les ayatollahs ne sont pas ceux que l’on croit"), qui sait lui, ce dont il parle?
LAGORCE insulte, LAGORCE méprise, LAGORCE caricature et déforme.
Et de clore par un théâtral: «Nous ne répondrons pas». Couillon va!
C’est à dire qu’il use à l’envie de ce qu’il voudrait critiquer.
Qui est donc ce Monsieur LAGORCE pour prétendre ainsi distribuer les blâmes et les imprécations? Un nouvel Hemingway? Ou plus vraisemblablement un sous-Blondin de pacotille?
Que Guy LAGORCE jouisse à satiété du mièvre agrément de faenas de complaisance, qu’il se satisfasse avec gourmandise de l’innocuité de l’adversaire ou de la vacuité du combat, c’est son problème et un droit que personne ne lui contestera.
Mais qu’il s’abstienne surtout de l’insulte et de l’anathème, et d’étaler par là même les fastes navrants de son insignifiance taurine. C’est scabreux et c’est ridicule.
Pour citer, puisqu’il le faut, citons Hugo: «L’odieux est la porte de sortie du ridicule»
Son opinion n’est pas un fait, ni une vérité. La mienne, la nôtre non plus d'ailleurs, nous ne l’avons jamais revendiqué. Pour autant doit-on s’abstenir de les émettre au risque que cela déplaise aux esprits conformistes? Quelqu’un pourrait-il se dévouer pour l’expliquer à Guitounet?
Monsieur LAGORCE conclut qu’il irait même jusqu’à nous aimer.
On s’en passera sans regrets. Quoique l’amour vache siée bien à la tauromachie!

lundi 7 septembre 2009

«Ce sera la faute à pas de chance»

"La chance est la forme laïque du miracle"
Paul Guth
En réponse à un commentaire récent de l’ami Chulo... il faudra bien tout de même recentrer le discours sur ce qui fait débat, "la tauromachie moderne" et ses trucages et ses superficialités et "le toro artiste moderne" qui pourraient bien mener la corrida à sa destruction pure et simple, lorsque les effets euphorisants et "taquilleros" de ces vagues de "triomphes" de pacotille et d'"indultos" en carton mâché seront retombés comme des soufflets nauséabonds.» http://bregaorthez.blogspot.com/2008/11/chronique-dune-mouche-3.html), il paraît utile de relever l’un de ces lieux communs, qui, sous des dehors de vérités «évidentes» et révélées, distillent l’essence du débat.
Dans POTINS BAYONNAIS (Terres Taurines édito du 7/09/09) on peut lire: «
Pour résumer l'impression générale, s'il n'y eut pas de protestations hier au terme de la course - juste une petite bronca très méritée pour le dernier toro - c'est que chacun avait compris que l'affiche était on ne peut plus prometteuse. Et quand une telle affiche ne "fonctionne" pas, cela s'appelle un accident.
Un peu comme le cartel dacquois de samedi prochain -Ponce, Juli, Castella face à des Victoriano del Rio -, plein de promesses aussi. Si cela ne marche pas, ce sera la faute à pas de chance, car tous les ingrédients sont réunis.
»
Il faut se souvenir de la réalité de ce que fût la «corrida de l’indulto». Je cite les paroles même du compte-rendu effectué par TT ce jour là à propos d’un lot de «demi-toros» et de «piètres adversaires»: «On en était à se demander si la sciure répandue sur le ruedo n'était pas le lit dans lequel la tête d'un veedor allait rouler...» (
http://www.terrestaurines.com/forum/actus/01-09-08/08-09-081.php). Desgarbado s’est avéré ce jour là, le seul «collaborateur» utilisable, après une série de toros sosos et décastés. Ce qui n’est pas sans expliquer son triomphe inespéré: après le pain de guerre on déguste le pain blanc comme de la brioche.
De même on a totalement oublié, ce que furent «les» vrais moments réellement tauromachiques de l’après-midi, soit les 2 faenas –notamment la seconde- du maestro Morante.
Si la réédition d’un tel lot (5 toros lamentables) est un «ingrédient» conditionnant un succès prévisible et, faut-il le croire, programmé, cela n’a rien à voir avec la chance, cela à voir avec une volonté délibérée de présenter ce type de spectacle.
En fait de chance, on aura plutôt celle de voir un lot faible (picotazos), fade et «carretonesque».
J’y serai, en fidèle abonné dacquois, et j’espère le contraire, tant pour les organisateurs que pour le public.
Je ne m’attends toutefois pas à un second miracle. Les obus tombent rarement dans le même trou! A moins que Don Victoriano n’ait eu le bon goût d’introduire dans cet «ingrédient», la puntilla de bétail vraiment encasté qu’il conserve en fond de finca.
Si cela ne marche pas, ce ne sera nullement un «accident», mais les résultats d’une politique taurine globale et d’une programmation qui, par delà Dax, veut nous imposer un modèle taurin, comme le suggère El Chulo.
Foin des hypocrisies! Quand donc les «clients» se dessilleront-ils et prendront-ils conscience que ce «toreo moderne» n’annonce que les prémices de Las Vegas, le vestibule de Don Bull?
Enfin, quelque soit le résultat samedi soir, hormis option très improbable où sortirait un lot de noirs démons sauvages, auquel cas le problème se poserait au niveau des sympathiques concurrents (que l'on excuserait aux motifs que les toros "ne servaient pas"), il ne s'agira pour certains que de la faute à "pas de chance" si les choses tournent mal.
De remise en cause, il n'en sera jamais question.
Qui veut prendre les paris?

Xavier KLEIN
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vendredi 4 septembre 2009

EVOLUTION OU DUPLICITE?

«Le paradis terrestre, où tous les gens s'aimeraient, où ils seraient courtois et aimables, où tout serait beau et évoluerait harmonieusement à la satisfaction du Seigneur, n'existera jamais.»

Vaclav HAVEL, «Méditations d’été»


Qu'on ne songe nullement que je sois, peu ou prou, obnubilé par certains sites et par les sympathiques plumitifs qui les animent.
Certains ne sauraient passer la journée sans une étude approfondie du Midi Olympique, d'autres ne louperaient pour rien au monde les derniers caquètements du Canard Enchaîné, d'aucuns, plus pervers éprouvent quelques émois solitaires à la lecture de Valeurs Actuelles ou de l'Observatore Romano (excellent quotidien au demeurant!).
En ce qui me concerne, pendant longtemps, je me suis régalé plus classiquement de la compagnie du Monde, mais le digne vieillard n'étant plus ce qu'il était, je me rabats donc sur la presse régionale et le suivi attentif des nouvelles locales distillées par Monsieur Eric (Normand) et Mlle Aurélie (Champagne) pour savourer les péripéties de leur competencia orthezienne.
En matière de tauromachie, ce m'est un grand délassement, à la nuit tombée, au chant des grillons et des grenouilles (les unes boulottant les uns), que de consulter les dernières nouvelles du front interneto-taurinesque.
Je clique donc sur la liste adjacente du présent blog, au gré des nouveautés.
Parfois, je le confesse bien honteusement, comme on se commet au bouge, je me risque même à fréquenter certains échos callejonesques, sources de plaisirs vulgaires voire grassement populaciers. Qui n'a jamais donné dans la «Danse des Canards», entraîné par un tonton paillard ou une luronne hystérique?
Mais l'on ne saurait clore ces saines lectures sans un passage obligé à Tore Terrine, source de toutes les surprises et de tous les ravissements (lien ci-contre).
Ne me dîtes surtout pas que vous n'en faites pas de même, on ne vous croirait pas...
Pour une fois je m'abstiendrai, de toute critique excessive (la mouche s'en occupe mieux que moi).
Dans un article intitulé: «VOYAGE VIRTUEL», l'auteur, un boxeur bien connu, après les quelques délires un tantinet paranoïdes dont il est souvent coutumier, où l'on est sommé d'apprécier la taille de ses archives, l'exclusivité de ses informations ou l'immensité de l'œuvre entreprise, se confie avec l'ingénuité d'une pucelle dans son journal intime.
On apprend donc que derrière la rude et sévère figure du champion acharné de l'O.N.C.T. se cache pudiquement, oui disons-le sans artifices, une bluette éperdue d'aventures insensées et romantiques.
Dédé était toriste et nous ne le savions pas!
Certes pour l'initié sagace, on pouvait déceler depuis quelques temps, une -comment dire- certaine inflexion de la ligne du parti.
«On» délaissait progressivement le discours sur le «toro moderne», passablement mis à mal -il faut bien le dire- par les réalités (mais là aussi gardons nous d’enterrer le sujet: les années se suivent et ne se ressemblent pas et il est aussi stupide de tirer des conclusions hâtives sur ces élevages «de figuras», que sur la supposée «décadence» de Miura ou de Victorino).
«On» se montrait plus critique à l’endroit de la soseria ambiante.
«On» entamait un discret et opportun rapprochement tactique avec des plazas connotées toristas (Céret).
«On» se confiait quant au lieu des pèlerinages de rigueur, des plazas fréquentables, des must indispensables, et ma foi, passées les nécessités de satisfaire les commanditaires de la «réclame», les conseils ne manquaient souvent ni de goût, ni de gueule, ni de pertinence (à part l’anathème jeté sur Orthez, bien sûr!).
«On» avoue enfin ses intérêts véritables: «[…] Prieto de la Cal, Moreno de Silva, José Buendia et le ganadero de Valdellan […]». Toutes choses belles et bonnes que les lecteurs de ces lignes ne sauraient désavouer.
Au train où les choses avancent, à quand le grand frisson amoureux, l'idylle toride avec Folque de Mendoça Palha? Gardez-moi un produit de l'étreinte...
Et c’est là que le bât blesse.
Virerait-«on» sa cuti? Opèrerait-«on» un virage idéologique qui ne dirait pas son nom? Brûlerait-«on» ce qu’«on» a adoré et adorerait-«on» ce qu’«on» a brûlé.
Car le bougre s'y entend, et s'il y a des vérités qu'on ne peut lui enlever, c'est d’une part l’intelligence, et d’autre part une connaissance fine et approfondie du sujet... Ce qui ne rend le dévoiement de ses positions que plus affligeant et contestable.
De quatre choses l’une:
Ou bien «on» vit un véritable syndrome inconscient schizophrène de césure entre ce qu'«on» aime réellement, et ce qu’«on» promeut publiquement.
Ou bien «on» fait preuve d’un cynisme à toute épreuve: «- Faites ce que je dis, mais ne faites pas ce que je fais!».
Ou bien «on» s’est gouré, et il serait honnête, franc et loyal de reconnaître son erreur.
Ou bien, enfin, le décalage entre des positions inacceptables pour la majorité de l’aficion «active», non pas celle qui remplit les arènes, mais celle qui s’investit et garnit les gros bataillons de la militance possible, devient-il intenable tant pour le président de l’O.N.C.T. que pour le rédacteur de revue. Décalage qui impose des révisions incontournables, sous la pression de la base, et de ses compagnons «observateurs».
Entre ces diverses options faut-il choisir, au risque du procès d’intention gratuit et infondé?
Je m’y refuse, balançant sans cesse entre l’espérance et le constat désabusé des turpitudes. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne nourris aucun ressentiment personnel et n’entretiens aucun compte à solder avec «on». La réciproque n’étant pas vraie.
Partagé selon les circonstances entre le sourire amusé, l’irritation momentanée, voire la colère passagère, je demeure toujours surpris de constater combien l’empire de la passion, et en l’occurrence de la pulsion peut obérer les esprits les plus talentueux et l’exercice efficace de leur industrie. Constat sur autrui comme sur bibi-ma pomme, bien que je ne prétende à aucun talent exceptionnel. Comme les gens intelligents peuvent agir connement!
C’est pitié!
Certes l’activité taurine doit procéder d’une distanciation indispensable. Combien de problèmes de notre communauté humaine s’avèrent infiniment plus fondamentaux! Mais elle s’inscrit dans notre culture du sud comme un symptôme, une pierre de touche de nos valeurs et de l’évolution de notre société. La tauromachie est une métaphore éminemment révélatrice tant dans son essence, que dans la tolérance que la société veut bien lui concéder.
Il n’y a pas de petits combats. La démocratie, l’exercice du droit constituent un équilibre précaire et sans cesse à construire sur la globalité de l’éventail de l’activité des hommes.
On aimerait, qu’y compris dans ses aspects périphériques, même si les toros sont affaire de passion, la raison et osons le mot, la SAGESSE, demeurent la clef de notre action publique. La sagesse ne s’incarnant pas dans l’acceptation fataliste et passive des faits, mais dans l’action réfléchie, déterminée et pondérée, voire combative.
Tant l’homme que le président de l’O.N.C.T. peuvent-ils s’amender et satisfaire à ces exigences?
Il nous faut le croire, il nous faut l’espérer, devant des cieux qui s’assombrissent et la nécessité, sinon d’une «union sacrée» utopique (la tauromachie est diverse et prête naturellement à débats et polémiques), du moins d’un recentrage sur l’essentiel quant au fond et une pratique de la tolérance, de la concertation et de l’esprit fédérateur quant à la forme (qui excluent les positions tranchées individuelles).
André Viard doit oublier Dédé, être au clair de son désir, et se hausser à la hauteur de ses responsabilités.
Il en aurait la carrure, en aura t-il l’ambition? Et surtout la possibilité, tant il est vrai que le pire ennemi d’André, c’est Dédé, comme celui de Gainsbourg était Gainsbarre?


Xavier KLEIN

vendredi 28 août 2009

LE DROIT A L'INDIGNATION

Tranche de vie taurine ordinaire: Dax, vendredi 14 août 2009, 19h30, Tendidos SOL, escalier 9, la «réserve» des peñas (comme il existe des réserves indiennes ou des réserves naturelles).
Dax certes, mais ce pourrait être n’importe lequel des hypermarchés taurins du sud-ouest ou du sud-est.
Lassés par la soseria du lot de Daniel RUIZ, et l’inconséquence des figuras (Ponce, Juli, Manzanares) qui assurent le minimum syndical avec plus ou moins de conviction ou de talent, quelques impétrants se prennent à manifester au mieux leur ennui, au pire leur exaspération, devant la caricature de combat qui leur est proposée.
Exclamations et lazzis commencent à fuser coté soleil, là où le peuple aficionado se concentre, ceux-là même qui se refusent à n’être que des «clients».

Mais les caves se rebiffent, les bof bovins s’insurgent. Fanchou MOREL, homme intègre, socio éminentissime de la peña CAMPO CHARRO, aficionado de tripes et de conviction, se fait violemment prendre à partie par les bobos des barreras parce qu'il a le mauvais goût de railler la parodie en cours. Après les «chut» agacés, c’est l’agression verbale, la menace virulente, l’injure commode, le «tacayallertoisitésifort» tellement original et commode d’emploi. Les cons ont le droit inné et absolu d’approuver, on dénie aux autres celui de s’indigner.
On nage en plein «toreo moderne», avec ces «medios-toros modernes», tellement appréciés des vedettes pour leur noblesse imbécile, leur absence cosmique de mauvaises intentions, et leur propension marquée à une coopération inconditionnelle. C’est l’apothéose du toro «faire-valoir», qui «sert» sans état d’âme, et l’antithèse de ce qu’on appelle encore, rarement il est vrai, un «toro de combat».
Car de combat, il n’est plus ici question, seulement d’une aimable et féconde collaboration, à vocation vaguement artistique et fortement commerciale.
IL FAUT SATISFAIRE LA «CLIENTELE», diraient certains, qui viennent ici chercher le produit normalisé, calibré, qui justifie leur fond de commerce.
«Ils» en ont parfaitement le droit, ces «aficionados-champagne» qui aiment à s’encanailler dans la folle ambiance du Splendid ou les nuits débridées de la Peña Ponce, ces joyeux lurons qui font le plein d’émotions fortes en 5 jours de feria de luxe, éventuellement rééditée, selon affinités et moyens pécuniaires, à Nîmes, Mont-de-Marsan, Arles ou Séville.
«Ils» sont légion aussi, ceux-là qui, attirés par la «feria», comme les papillons par la lanterne, participent d’un de ces pèlerinages canoniques, où l’on est sensé communier dans le cartel de luxe et la débauche de trophée.
Rien que de très innocent et de très légitime…
Le problème, c’est qu’une arène, c’est aussi un monde, et que s’y côtoient cette majorité de «consommateurs-jouisseurs» et les autres, la minorité de ceux qui vivent leur passion avec ferveur et exigence, qui se moquent des flonsflons accessoires, qui suent week-end après week-end dans les travées populaires bon marché des arènes «d’art et d’essai», qui savent qu’il existe aussi des novilladas piquées et non piquées où se dévoilent les prémices et la triviale crudité de l’art taurin.
Si, si, ils existent encore ces demeurés primitifs qui ne réduisent pas leur perception à la seule fréquentation des têtes d’escalafon et des ganaderias JPD, et qui savent, qu’il demeure encore, des mots: lidia, casta, genio, brega, pundonor, sauvagerie qui recouvrent d’autres réalités et d’autres saveurs!
Partant d’attentes aussi différentes, il n’est guère étonnant que le clivage ne se manifeste pas de manière spectaculaire.
Sans doute, cela a t-il toujours existé. Mais le «rapport de force» était différent quand, il y a quarante ans, les 3 corridas de la feria dacquoise réunissaient surtout, de manière quasiment confidentielle, un public surtout local et plus avisé. L’aficionado «de verdad», l’écumeur d’arènes et de placitas, l’aventurier du Campo Charro, le globe-trotter des marismas, revenait de ses périples ibériques auréolé du prestige de celui qui se voue totalement à sa passion. Il était écouté, respecté, quasiment honoré, réceptacle d’une science acquise par l’expérience multiple du (des) terrain(s).
A ce patrimoine transmis de génération en génération par les «anciens», construit patiemment, par le regard attentif, la connaissance accumulée, le débat, la rencontre, s’est substituée la méthode Assimil accélérée, les 2 ou 3 ouvrages basiques et vulgarisateurs vite digérés, les corridas télévisées «con comentarios de complacencia», l’abono à deux ferias, et la lecture plus ou moins distraite d’opus de luxe et d’échos internet.
Rien que de très innocent et de très légitime…
Les premiers, les «clients», viennent aux arènes consommer du plaisir, de la jouissance assurée, du «club med» taurin, avec résultat prévisible et, prochainement, label et garantie de satisfaction.
Les seconds savent l’inconstance des choses, vivent d’espérances fugaces et de désirs déçus, la vraie vie quoi, construite de déceptions et de joies rares mais intenses, quand le sort veut bien parfois sourire.
Les premiers sont des gourmands et des consommateurs dont le plaisir doit être garanti.
Les seconds sont des gourmets et des hédonistes pour qui le plaisir survient par surcroît, non par principe.
Rien que de très innocent et de très légitime…
Que les premiers trouvent leur plaisir devant l’accumulation quantitative de passes faciles devant des bestiaux insipides, qu’ils s’en satisfassent, qu’ils y applaudissent, qu’ils en jouissent puisqu’ils sont venus pour cela, rien que de très innocent et de très légitime… Ils en ont le droit.
Que les seconds y trouvent au contraire motif à déception, s’en émeuvent, et le manifestent, rien que de très innocent et de très légitime… Ils en ont également le droit.
Dans une arène la légitimité est égale entre le droit à la jouissance et celui à l’insatisfaction, entre celui d’applaudir et celui de siffler.
Enfin, ce devrait être le cas.
Or ce ne l’est plus.
Streng verboten, interdiction formelle de siffler, prohibition totale de toute entrave à la jouissance majoritaire. Le plaisir est licite, programmé, voire recommandé. La critique, l’insatisfaction sont prohibées. Jouir sans entraves, c’est le mot d’ordre et rien ne doit venir troubler la quête du «fun».
S’il ne s’agissait que des arènes! Mais c’est toute une société qui est désormais modelée sur ce schéma, gavée d’un idéal et de représentations fallacieuses, complètement déconnectées de la réalité du monde et de la condition humaine. On tient les veaux (comme disait le grand Charles) par le plaisir primaire et/ou par les peurs fondamentales (terrorisme, crise, virus grippaux, hordes étrangères, etc.)
Le refus ou le déni de la limitation du plaisir, c’est l’anti éducation par excellence, c’est la voie royale de la configuration perverse (au sens psychanalytique du terme) du monde, c’est l’acte «décivilisateur» de base.
«- Les cons!» soupirait Daladier, à son atterrissage triomphal au Bourget, après la honteuse signature des accords de Munich, devant la foule qui venait acclamer ce pitoyable et «lâche soulagement». Et Churchill de rajouter plus tard: «- Le gouvernement avait à choisir entre la honte et la guerre, il a choisi la honte et il a eu la guerre.». On ne gagne jamais à céder à l’illusion du plaisir à tout prix.
Devant cette capitulation exigée de l’intelligence, de l’esprit critique, de l’âme frondeuse, ce diktat de la facilité, de l’apparence et du faux-semblant, il convient de ne pas céder, et surtout de ne pas se taire.
Le refus est aussi légitime que l’adhésion.
Ce n’est même plus une question exclusivement taurine, c’est le droit à l’expression de la contestation et de l’indignation qui est en jeu, que l’on chicane de plus en plus, au nom d’un prétendu consensus fédérateur.
Un droit précieux qu’on nous encourage sournoisement à négliger au péril de la menace de l’impopularité ou de la marginalisation dans un «Meilleur des mondes» taurins.
Soyons exigeants et restons capables d’indignation.
Rien que de très innocent et de très légitime…

Xavier KLEIN